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  • LE DISCOURS D'UN ROI, UN VOYAGE EN FIRTH CLASS !

     

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    Le discours d’un roi est une œuvre pure, picturale, et musicale. Tom Hopper réussit une prouesse technique et esthétique, en mettant en lumière le destin oublié de George VI, ce roi d’Angleterre improvisé et bègue confronté ses obligations.

     

    L’intimité d’un homme

     

    Plus qu’un film, c’est un voyage dans le temps, un moment de pure émotion, où les mots sont la route de la libération d’un homme, malgré les tensions du voyage, de la première à la dernière image. Je vous préviens mon post est long. Le roi le mérite.

    Oui, nous sommes suspendus aux lèvres de Colin Firth, magistral, émouvant, pendant près de deux heures. Le rôle le plus difficile de sa vie, à ce qu’il dit. C’est un Colin Firth intérieur, habité. La vérité nue d’un homme propulsé roi nous captive. Nous flirtons avec le moindre de ses souffles, ou de ses tressaillements. Helena Bonham Carter porte le personnage de la reine Elisabeth, charmante, aimante, dévouée. Elle manque de rondeur, mais reste épatante. Nous intéresser à ce morceau d’histoire royale était un pari osé pour Tom Hopper. Pari réussi. Préparé à une existence tranquille, Edouard VII découvre avec stupeur et tremblement le projet secret de son frère aîné Edouard VIII : démissionner de la couronne pour se marier à une américaine deux fois divorcée, Wallis Simpson. Ils deviendront le Duc et la Duchesse de Windsor. Quel outrage à la couronne. Bertie, comme on le surnomme, dit inapte à la fonction royale, va faire preuve d’un courage extraordinaire et combattre son handicap. Il le faut, quand s’adresser à un quart de la population mondiale est un devoir, c'est-à-dire aux 58 pays représentant le royaume britannique. Un seul homme peut l’amener à être exemplaire, et à devenir respectable, Lionel Logue, orthophoniste aux méthodes peu orthodoxes. Là aussi l’australien Geoffrey Rush va nous démontrer ce qu’est le talent. On est loin du Pirate des Caraïbes ! Tom Hopper filme la naissance d’une amitié sacrée qui va durer une vie, de son frémissement à son épanouissement. L’amitié est un des fondements du film, et est filmée comme rarement. Elle est le support technique, mais aussi l’artisan de l’histoire.

    Le mur du silence ou le mur du son ?

    La vie de ce roi est emmurée, les silences s’imposent à lui, comme des récompenses entre deux mots mal articulés. Ce mur de la couronne va se dresser contre lui aussi, alors qu’il n’est pas prêt. Le mur de ses obligations royales, le mur de ce discours le menant à déclarer la guerre à Hitler, interminable, mais incontournable. Le mur, si bien filmé par Tom Hopper. Déchiqueté par le temps dans le cabinet du thérapeute. Ou lors de l’annonce de l’entrée en guerre de l’Angleterre contre l’Allemagne, le mur illustre l’impuissance de la famille de Logue devant cette guerre et la découverte d’une évidence : l’aîné ira à la guerre. Ils écoutent la radio, la caméra frôle ce mur, et fixe les visages. Ce mur, le roi va s’en faire un appui pour vaincre avec un courage hors norme son handicap, et prononcer ce discours que la nation attend, le discours d’un homme enfin devenu roi.

    Paroles et musique

    La bande originale est très importante, portant chaque geste, ou regard, rendons-lui hommage. On la doit à Alexandre Desplat, distingué compositeur. Les marches du roi en deviennent moins solitaires. La musique berce les mots, et il les met en respect. En effet, Lionel Logue utilise la musique comme une arme thérapeutique contre le bégaiement, et le roi s’en sert comme d’une canne à chaque fois que sa langue fourche. De même que les jurons, qu’il excelle à prononcer à chaque panique. Et quelle partie de plaisir pour ce roi, dont l’enfance a souffert de brimades et de frustrations. Ses nourrices l’affamaient, le pinçaient, pour que la reine ait l’aîné en préférence. Quand on sait que le bégaiement se crée à la naissance du langage, normal que ce petit prince, jamais soigné, en souffrit toute sa vie. Lionel Logue va travailler sur la peur, sur l’image de soi, sur l’égalité, des méthodes audacieuses pour l’époque, mais qui auront un résultat. A l'image de la scène du film, le discours, grandiose, digne des plus grandes directions d'orchestres, mais pour un seul musicien ! Vous comprendrez pourquoi, en oubliant votre dîner, et en dégustant ce film si nourricier.

     

    Ce roi, c’est moi, c’est vous. C’est pourquoi c’est un film miroir. On a tous un bégaiement au fond de nous, révélé, ou non, lors de la confrontation avec notre destin. Certains parlent, d’autres pas. Mais quand on bute, contre ses mots, contre sa vie, rien ne vaut une leçon de chant, ou de rire, ou tout simplement un ami, un vrai.

     

    Le discours d'un roi, de Tom Hopper, avec Colin Firth, Helena Bodam Carter, Geoffray Rush, Guy Pearce, Jennifer Ehle, ..

    Notons l'étonnante ressemblance de Guy Pearce avec le véritable Edouard VIII, et son interprétation.

    Et la présence de Jennifer Ehle, la femme de Logue, qui jouait le rôle de Elisabeth Bennet, l'amoureuse de Mr Darcy, interprété par Colin Firth, dans le premier téléfilm "Orgueil et préjugés", diffusé par la BBC en 1995. Dont Bridget Jones est largement inspiré !

    Alexandre Desplat, 7 nominations aux International Film Critics 2010 Awards. A aussi écrit la BO de Ghost Writer.

    Crédits photos : wikipedia.fr, allocine.fr

    Lien permanent Catégories : Tika fait son cinéma 1 commentaire Pin it!