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Dans les yeux de Luchini

Un jour ou l'autre les rêves se réalisent. Peut-être qu'en rêvant vraiment très fort, ils sonnent à votre porte. Luchini était un rêve, il est devenu réalité. 

 

Parfois je pense à Stefan Zweig « 24 heures de la vie d’une femme », je pense à Douglas Kennedy « Cinq jours », à toutes ces rencontres qui révèlent l’âme, qui l’élèvent. Je vais vous raconter une petite histoire dans une grande journée.

 

Un conteur face au philosophe.

 

Regarder la Grande Librairie, parfois, ça fait du bien. Notamment quand deux monstres sacrés de la littérature et de la comédie se rencontrent : Michel Onfray face à Fabrice Luchini. C’était le jeudi 17 mars 2016. Et j’ai pensé que confronter deux sorties littéraires, côté Michel Onfray, « Le miroir aux alouettes, principes d’athéisme social » et « Penser l’islam », à une simple biographie côté Luchnini, « Comédie française » était osé, sinon inégal, et que le duel proposé par François Busnel allait forcément être accidentel.

 

Le miracle de la parole luchnièsque.

 

Comment opposer en effet un conteur à un philosophe. Le projet était sans doute de les laisser libre échanger, dans une économie du verbe, mais de minute en minute, le malaise décida pour tous. Onfray restait âpre, précipité, avide de se raconter, tandis que Luchini désappointé mais heureux était juste bien d’avoir été « choisi » et dans l’envie de s’expliquer. Et le miracle se produisit : Luchini décida de « lire » à voix haute les premières pages des timides Prix France Télévision : « Journal d’un vampire en pyjama » de Mathias Malzieu et « En attendant Bojangles » de Olivier Bourdeaut.

Silence sur le plateau, émerveillement de tous, en particulier des auteurs, surpris et comblés par tant de professionnalisme du cœur, de délicatesse romanesque. Il a pris le pouvoir, par les mots d’autres, et c’est ce qu’il fait de mieux…  

 

Luchini ou le pouvoir du mot dit.

 

Il ne lit pas, il raconte, il explore, il se fait le fantôme des mots, il est leur esprit, leur vibration. Moment de grâce. Je me suis dit « Non, vraiment, Onfray n’est pas au niveau ! ». Les générations précédentes ont eu Michel Bouquet, Jacques Prévert, … nous, on a Luchini !

Depuis Fabrice Luchini hantait mes pensées, bien que je l’ai vu plusieurs fois sur scène. Et je l’ai vu une fois encore en juin dernier dans « Poésie » au théâtre Montparnasse. Et encore dans "Ma loute" le film de Bruno Dumont.

J’aime son phrasé, ses yeux pétillants, et surtout ce cerveau, capable de décadences verbales ou d'élégances rares quand il « raconte » Céline, Molière. Oui, je pense bien souvent à lui, je me dis : « Qui y-a-t-il derrière cette éloquence, comment serait cet homme au naturel ? »

 

Parfois la loi de l’attraction fait son travail !

 

Deux semaines passent. Un mercredi après-midi comme un autre, en interview sur Paris. Je remonte la rue Notre Dame de Lorette, près du Métro St Georges. Je marche d’un pas vif. Je ne le vois pas tout de suite. Au dernier moment, une écharpe rouge attire mon regard, une allure, une fierté, un regard. Stupéfaite, je m’arrête.

 

« C’est lui, Luchini » me dis-je.

 

C’est le moment ou jamais dans cette rue déserte de lui dire mon admiration. Au diable les autographes et l’esprit groupie, juste lui parler. Je veux tenter ma chance, mais le voici déjà reparti, presque invisible au coin de la rue. Je me hâte. Il sent sans doute mon pas actif, décidé. Ces minutes sont bien longues. Je l’accoste. Il se retourne, surpris, ses yeux bleus sont effectivement très pétillants, je suis à 30 cm du conteur de mon cœur, qui bat. Je le remercie, chaleureusement, pour tout ce qu’il construit, il me regarde droit dans les yeux. Mon Dieu comme il est vivant. Et je lui dis finalement le fond de ma pensée : « Monsieur Luchini, à la Grande Librairie l’autre jour, Onfray, il n’était pas au niveau ! ». Je ne sais pas pourquoi c’est sorti de la sorte !

 

Les yeux de Luchini me parlent enfin.

 

Et là, la magie opère, ses yeux s’ouvrent, ils rient, ils s’éclaircissent, sa bouche sourit, il est flatté, ravi d’un tel zest d’humour, ça se voit. Aucun commentaire, ses yeux ont parlé, mille mots m’on irradiée. Il me tend la main, me la serre, me remercie à son tour et s’élance d’un pas décidé dans la direction opposée. Puis, soudainement il ajoute, se retournant à moitié : « A très bientôt ! ». Je reste sur place, figée.

Comment serait-il au naturel, sans les media, la scène, telle était la question qui me hantait ? Et bien il est vibrant, il est lui-même. C’est juste un homme bien dans son monde, simple, accessible. Enfin juste un homme lu-mi-neux !

Je repars, en apesanteur. L’interview sera fluide, spatiale, humaine, vraie, car le sourire m’a envahie, s’est gravé sur mon visage, je n’arrive plus à m’en défaire. En lévitation spirituelle, subtilement touchée par cette sincérité, je suis encore sous le charme quand je rentre chez moi. Certains auraient trouvé cette rencontre banale, moi j’ai laissé l’extraordinaire rentrer dans ma vie ce jour-là.

Oui, les yeux sont le miroir de l’âme, et la sienne m’a parlé.

 

Revoir une vidéo de la Grande librairie du 17 mars, par ici. 

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